Les 4 manies de Donald Trump sur Twitter qui en disent long sur sa manière de gouverner

Les 4 manies de Trump sur Twitter qui en disent long sur sa manière de gouverner

INTERNATIONAL – C’était tout un symbole: en désactivant pendant onze minutes le compte de Donald Trump vendredi 3 novembre, un employé de Twitter est parvenu, en quelques clics, à atteindre l’un des organes fondamentaux de l’exercice du pouvoir à la Maison Blanche. Avec cet ultime acte de bravoure pour son dernier jour chez Twitter, il a été salué en héros. Car si les minutes ont dû paraître bien longues au président américain, elles ont été un court mais salutaire répit pour d’autres.

En près de dix mois à Washington et une année (le 8 novembre) en tant que président élu, Donald Trump a fait la pluie et le beau temps de la politique nationale et internationale en 140 caractères. Mesures, invectives et commentaires de toutes sortes se côtoient pêle-mêle sur son fil Twitter, dont la teneur n’a aucunement changé depuis qu’il n’est plus animateur d’émissions de télé-réalité. Il a d’ailleurs préféré conserver son compte personnel (@realDonaldTrump) en accédant à la Maison Blanche, le compte officiel du @POTUS n’étant qu’une suite de retweets de son propre profil.

Le réseau social a pris une telle place dans sa politique que le président américain y a développé des petites manies, qui en disent long sur sa vision du pouvoir… et donnent parfois le vertige.

1. La routine des tweets matinaux

Les journalistes couvrant la Maison Blanche le savent bien, aller sur Twitter est l’un des rituels matinaux du président. Certaines expressions se sont même installées: Donald Trump fait sa "tirade matinale sur Twitter", sa "tempête", sa "colère du matin".

En un an, Donald Trump a envoyé 43% de ses tweets entre 2 et 9 heures du matin (retweets compris), comme nous permet de le calculer le site Trump Twitter Archive. En août, le journaliste du New York Times Peter Baker disait ceci de la matinée type de Donald Trump, qu’il soit au travail ou en vacances: "Il se lève, il allume la télévision, il voit quelque chose qui le rend fou, et il cherche son téléphone -avec son compte Twitter déjà activé dessus- pour se défouler".

Dès les premiers mois du mandat de Donald Trump, nombre d’observateurs ont en fait remarqué que le président américain réagissait en même temps qu’étaient évoqués les sujets de l’émission matinale "Fox and Friends" sur Fox News, ce qui explique qu’il puisse parfois commenter des sujets sur lesquels on ne l’attendait pas.

"À gauche, Fox & Friends, 6h29. À droite, 6h56 (Donald Trump regarde parfois en différé, ce qui explique le laps de temps entre l’émission et son tweet)"

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"Plus que tout dans l’Amérique de Trump, ces tweets tendent à donner le ton de la journée, et son humeur du jour", interprètent deux journalistes de ABC en Australie. En s’imposant dès le saut du lit à ses quelque 42 millions d’abonnés sur Twitter, Donald Trump donne le rythme de l’actualité à ses soutiens comme à ses détracteurs, et dicte les sujets qui feront parler. "C’est une alarme de réveil comme il n’y en a pas d’autre", disent-elles.

"Je dois arrêter d’aller sur Twitter le matin… Trump fait bouillir mon sang!"

Il arrive aussi régulièrement au président américain de tweeter tard le soir, pour corriger une nouvelle fois ce qui a pu être dit sur lui ou s’imposer dans un débat. Certains observateurs l’expliquent par le fait que Donald Trump ne dort que quelques heures par nuit, "trois ou quatre heures", de son propre aveu. "Mais il ne tweete pas tard dans la nuit parce qu’il est en colère, il tweete tard dans la nuit parce qu’il tweete tard dans la nuit. Parce qu’il avait quelque chose à dire à ce moment précis donc il le dit, au lieu de, par exemple, aller se coucher (ou retourner se coucher)", analyse un journaliste du Washington Post.

2. Des fautes d’orthographe… et des mots inventés

"Un acte sans président" (au lieu de "sans précédent"), "le conseil de la Maison Blanche" (au lieu du "conseiller de la Maison Blanche"), "enrregistrer" (au lieu de "enregistrer")… on ne compte pas les fois où le président américain a fait des fautes d’orthographe ou de grammaire dans ses tweets avant de les corriger, quand il prend la peine de le faire.

"Les articles me concernant dans le New York Times et le Washington Post sont tellement faux et haineux que le Times s’est même excusé auprès de…" (le président américain écrit "Thr" au lieu de "the", "gas" au lieu de "has" et oublie la majuscule à "Times")

Ici, le président est "honéré de servir le grand peuple américain", au lieu d’être "honoré"… le jour de son investiture.

Certains de ses tweets suscitent aussi des interrogations pour les détails qui semblent y avoir été volontairement disséminés. Pourquoi rajouter cette lettre isolée à la fin de son tweet? Pourquoi utiliser une apostrophe pour qualifier le "petit’ sénateur Bob Corker"?

Son plus grand fait d’armes linguistique est évidemment l’invention du mot "covfefe", dans un tweet -incomplet- dans lequel il voulait semble-t-il parler de la "couverture médiatique" ("press coverage"). A-t-il fait une fausse manipulation? S’est-il endormi sur son clavier? Mystère. Mais le message, aimé 123.000 fois et retweeté plus de 100.000 fois, n’a été supprimé que six heures après sa publication.

"Cela montre bien qu’il n’aime pas être maîtrisé par ses conseillers", analyse Amanda Terkel, cheffe du bureau du HuffPost américain à Washington, interrogée par Le HuffPost. "Il utilise Twitter pour les contourner et écrit tout ce qu’il veut. Souvent, ce qu’il écrit n’est pas ce que ses conseillers aimeraient qu’il dise, explique-t-elle. Mais il pense savoir ce que sa base attend de lui, et il le lui donne. Cela vient du fait qu’il n’est pas un homme politique traditionnel -et c’est pour cela que tant de gens ont voté pour lui."

Malheureusement pour Trump, tous ses tweets supprimés sont consignés par l’organisme ProPublica. Par souci de transparence, mais surtout pour conserver des écrits que la loi considère, au même titre qu’une note de service ou un pamphlet, comme des "presidential records", faisant partie des registres présidentiels de la Maison Blanche.

3. Des surnoms entrés dans les habitudes médiatiques

Avoir un surnom dans le vocabulaire du président américain est le meilleur moyen de savoir qu’il vous déteste. Donald Trump ne manque jamais d’affubler ses adversaires politiques de surnoms au mieux dégradants, au pire insultants. Hillary Clinton est "Crooked Hillary" ("Hillary la crapule"), le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un est "Little Rocket Man" ("l’homme fusée"), Jeb Bush est "Low Energy Jeb" ("Jeb à basse tension"), la sénatrice démocrate Elizabeth Warren est "Pocahontas" (Trump l’accuse de mentir sur ses origines amérindiennes).

Plus d’une quinzaine de ses opposants ont ainsi droit à leur surnom régulier, sans compter les sobriquets ponctuels, comme lorsqu’il avait attaqué l’actrice Meryl Streep, qu’il juge "surcotée". Forcés de relayer la parole présidentielle, les médias ont malgré eux fait entrer ces surnoms dans l’actualité, quitte à appuyer les travers des adversaires visés par Trump.

Mais l’utilisation de ces surnoms obéit à une stratégie politique dont Donald Trump a bien saisi l’efficacité: frapper très fort, rapidement, là ou ça fait mal. Les réseaux sociaux et l’accélération de l’information poussent les politiques à rentabiliser leur temps et leur espace de parole, explique ainsi Dietram Scheufele, professeur de communication à l’Université du Wisconsin, interrogé par Business Insider.

"Pour son public, (l’utilisation des surnoms) a une très grande résonance, estime-t-il. Une grande partie de son succès est due à sa capacité à faire écho presque intuitivement chez son auditoire en seulement quelques mots". En deux mots, Hillary Clinton est donc ramenée à l’affaire de ses emails. Et le point va donc à Donald Trump.

4. Des retweets qui en disent long sur sa manière de s’informer

S’il est hors de contrôle lorsqu’il tweete, Donald Trump l’est tout autant lorsqu’il partage des contenus sur son fil Twitter. En septembre, lors de l’une de ses sessions matinales sur le réseau social, il avait ainsi partagé un gif de l’un de ses sympathisants, le montrant jouant au golf et toucher Hillary Clinton dans le dos, la faisant trébucher. L’auteur de ce gif, @Fuctupmind sur Twitter, a été repéré par Buzzfeed, notamment à cause de ses tweets transphobes et antisémites.

"Le swing incroyable de Donald Trump #CrookedHillary"

L’an dernier, alors qu’il était toujours en campagne, il avait supprimé son tweet reprenant un montage photo d’Hillary Clinton qualifiée de "candidate la plus corrompue de l’histoire", cette expression ayant été inscrite dans une étoile de David. Le montage avait été réalisé par des suprémacistes blancs et néonazis.

Cette porosité entre des comptes véhiculant des idéologies douteuses et celui du président des États-Unis en dit long sur sa manière de s’informer et les idées dont il s’inspire tous les jours. "Ce qu’il voit à travers son portail aux 140 caractères est un monde rempli de soutien à Trump", résume le Washington Post. C’est pour souligner cela que le site d’information a créé le compte Twitter "Trump’s Feed", qui retweete automatiquement tous les tweets des 45 comptes suivis par Donald Trump (9 sont de la Trump Organization, 7 sont de Fox News), et donne un aperçu de sa page d’accueil sur Twitter.

En twittant et retweetant des informations émanant de The Hill (un site d’information qui lui est favorable, et dont il connaît le propriétaire), de Breitbart News (plateforme de l’extrême droite américaine) ou de ses soutiens anonymes, Donald Trump prend le risque de partager des informations incorrectes (les fameuses "fake news", expression qui qualifiait au départ ses déclarations infondées et dont il a retourné le sens pour en faire l’apanage des médias).

"Le danger d’un président qui se nourrit de la télévision pour parler des événements nationaux et internationaux est qu’il se base très souvent sur des avis d’experts, les opinions des gens et non les faits", analyse l’historien politique Mark Updegrove. Si le danger est grand, la puissance de frappe de Donald Trump sur Twitter et sa politique de la provocation systématique ont payé. Il le reconnaît lui-même: "Je ne sais pas si je serais là où je suis sans les réseaux sociaux".

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